Tarik, et ce que porte une couture
Chaque sac que nous faisons passe par les mêmes mains.
Tarik est maître maroquinier. Il coupe, pare et coud lui-même chaque sac ISLI, à Casablanca. Il enseigne aussi le métier à la Maison de l'Artisanat, et le détail mérite qu'on s'y arrête : la personne qui fait votre sac passe une partie de sa semaine à faire en sorte que le savoir-faire lui survive.
Le parage, et pourquoi il décide de l'allure d'un sac
Parer, c'est amincir le cuir sur les bords avant de le plier ou de le coudre. Mal fait, la couture épaissit, le bord gonfle, et une silhouette nette devient bosselée. Bien fait, le parage disparaît, et l'œil lit une seule ligne continue là où plusieurs épaisseurs de cuir se rejoignent.
Presque tout ce qui fait dire d'un sac qu'il a l'air cher tient à ce genre de travail, invisible par définition quand il est réussi.
Un savoir qui n'a jamais été écrit
Ce que Tarik apporte n'est pas seulement de la technique. C'est un savoir hérité, transmis par des générations d'artisans marocains, et pour l'essentiel jamais consigné nulle part. Comment telle peau va se comporter une fois mouillée. De combien un cuir donné va se détendre pendant le premier mois de port, et ce qu'il faut prévoir pour cela dès la coupe.
Rien de tout cela ne figure dans un cahier des charges. Cela vit dans les mains de gens qui l'ont appris de gens qui l'avaient appris, et c'est présent dans chaque couture, que la personne qui porte le sac y pense ou non.
Ce que coûte cette façon de travailler
La fabrication à la main fixe un plafond strict au nombre de sacs qui existent. Il n'y a pas de scénario où nous en produisons soudain quatre cents parce que le modèle s'est bien vendu. C'est une vraie contrainte commerciale, et nous préférons vivre avec plutôt que déplacer le travail là où il pourrait être multiplié.
Cela veut dire aussi qu'un sac qui nous revient peut le plus souvent être réparé plutôt que remplacé, parce que la personne qui l'a fait est toujours là.
Le travail se voit dans les sacs portés épaule, et le studio se raconte dans notre histoire.